Le Terengganu fait appel de la clémence et obtient six coups de rotin chacun
Le 15 septembre, la cour d'appel de la charia du Terengganu, en Malaisie, a condamné un homme de 41 ans et une femme de 20 ans à six coups de rotin chacun, pour avoir été surpris à deux reprises seuls avec une personne du sexe opposé. Le procureur avait jugé l'amende trop clémente. La bastonnade doit avoir lieu d'ici à la mi-octobre, et l'État dispose désormais de neuf mosquées habilitées à cet effet.
La clémence en appel
Le 14 décembre 2025, vers 1 h du matin, un homme de 41 ans et une femme de 20 ans sont découverts ensemble dans une chambre d'hôtel à Kemaman, dans le Terengganu. Ils ne sont ni mariés ni apparentés : c'est le khalwat, la « proximité étroite », une infraction à la charia. Tous deux avaient déjà été condamnés pour ce motif. Le 11 mars 2026, la Haute Cour de la charia leur inflige une amende de 4 000 ringgit, ou trois mois de prison.
Trop clément, estime le procureur en chef de la charia de l'État, Kamalruazmi Ismail. Il soumet à la cour d'appel une question de droit : pour un récidiviste, les peines sont-elles alternatives ou cumulatives ? Le 15 septembre, les trois juges optent à l'unanimité pour le cumul. L'amende est maintenue, et chacun des condamnés recevra six coups de rotin, dans un délai d'un mois, soit d'ici à la mi-octobre. Où, la cour ne l'a pas précisé. Au Terengganu, les peines pour un second khalwat ne sont plus à la carte, mais au menu. Les deux condamnés se sont mariés depuis, chacun de son côté.
Une condamnation, avec un hadith
Le nom de Kamalruazmi Ismail figure déjà dans les annales des bastonnades de l'État. En novembre 2024, un juge principal de la charia portant ce nom avait condamné à six coups en public un ouvrier du bâtiment divorcé de 42 ans, surpris pour la troisième fois seul avec une femme. Il lui avait rappelé qu'il avait déjà été bastonné, ce qui aurait dû susciter du remords, et avait cité une parole du Prophète gourou.
« Le croyant ne tombe pas deux fois dans le même trou. »— Kamalruazmi Ismail, juge principal de la charia, 20 novembre 2024
Le rotin n'avait pas suffi, il y aurait donc davantage de rotin. Le 27 décembre 2024, après la prière du vendredi, l'homme a reçu ses six coups dans la mosquée Al-Muktafi Billah Shah de Kuala Terengganu, après un examen médical, devant quelque 90 personnes. Cela a duré deux minutes. C'était la première bastonnade publique de l'État : jusque-là, les châtiments étaient exécutés dans l'enceinte des tribunaux ou des prisons, en présence de la seule famille.
Neuf mosquées, et bientôt le marché
Le Terengganu s'est ensuite organisé. En novembre 2025, l'État a annoncé que neuf mosquées, une par district et deux dans la capitale, avaient été officiellement désignées comme lieux de bastonnade, avec l'accord du sultan et l'approbation de son conseil islamique. Le dossier est piloté par le membre du conseil exécutif de l'État Muhammad Khalil Abdul Hadi, fils du président du PAS, le parti islamiste qui gouverne l'État.
« Choisies pour faciliter la gestion et garantir que l'exécution respecte les procédures en vigueur. »— Muhammad Khalil Abdul Hadi, à propos des neuf mosquées, novembre 2025
L'État envisage aussi des parcs, des places et des marchés, comme l'esplanade devant Pasar Payang, le marché central de Kuala Terengganu. Entre les étals de poisson et le batik, la justice sera servie fraîche.
Payer en ringgit, ou en coups
Le rotin sert aussi à huis clos. Le 7 juin 2026, à la prison de Marang, cinq jeunes de 20 à 26 ans, deux hommes et trois femmes, ont reçu 20 coups au total : trois ou quatre chacun pour khalwat répété ou pour avoir « préparé » un rapport sexuel hors mariage dans une voiture, et six pour une femme de 20 ans. Selon Sisters in Islam, aucun des deux couples n'avait d'avocat, et l'un d'eux aurait accepté la bastonnade faute de pouvoir payer ses amendes. Le couple condamné pour khalwat s'était marié entre-temps.
Des objections, y compris musulmanes
La commission malaisienne des droits humains, la Suhakam, a qualifié la bastonnade publique d'atteinte aux droits humains et à la dignité, et estimé que le tribunal du Terengganu avait outrepassé sa compétence. Le G25, un groupe de hauts fonctionnaires à la retraite, a jugé qu'elle contrevenait à la fois au droit fédéral et à la charia elle-même. Sisters in Islam, une organisation de femmes musulmanes, le formule ainsi.
« La morale constitutionnelle ne saurait se réduire à la morale de la majorité. »— Sisters in Islam, 5 juin 2026
Le PAS, de son côté, a présenté la première bastonnade publique comme le début d'une application intégrale de la charia, relève le chercheur Mohd Faizal Musa dans Fulcrum, et le Kelantan et le Perlis ont indiqué qu'ils pourraient suivre.
Au Terengganu, le mariage est le seul moyen pour un couple de se retrouver seul en toute légalité. Il ne permet pas d'échapper au rotin.
