Djihad et instauration d'un califat mondial

De Milton Keynes à Melbourne, le califat au tribunal

Du 5 au 8 octobre, des tribunaux britannique, irlandais, américain et australien ont eu affaire à quatre admirateurs de l’État islamique : un terroriste autoproclamé, une ancienne militaire devenue femme au foyer de l’EI, un jeune homme de 18 ans accusé de préparer une tuerie de masse et un propagandiste présumé de 65 ans. En Floride, un juge doit par ailleurs décider si l’État peut qualifier le CAIR d’organisation terroriste. Chaque pays a sa méthode, et aucun ne manque de dossiers.

Dessin satirique : un box des accusés surmonté d’un drapeau noir se dresse seul dans le désert, tandis que deux files de prévenus, dossiers en main, attendent devant un greffier.
Sept ans après Baghouz, dernier territoire du califat : le banc des accusés.

Séjour illimité, publications illimitées

Le 5 octobre, un jury de la Crown Court de Birmingham a reconnu Abdullah Yousef, 24 ans, habitant de Milton Keynes, coupable d’appartenance à l’État islamique, de collecte d’informations utiles à un terroriste et de six chefs de diffusion de publications terroristes. Il avait créé un groupe Telegram où, selon la BBC, circulaient plus de 7 000 photos, 21 000 vidéos et 270 liens : des vidéos de fabrication de bombes, un guide de l’EI pour commettre des attentats au couteau et au véhicule-bélier, un document intitulé « ceintures d’explosifs artisanales » et une vidéo glorifiant le 11-Septembre. Au cas où certains auraient encore des doutes, il l’a écrit noir sur blanc.

« Au fait, je suis un terroriste. »— Abdullah Yousef, dans un message Telegram

Selon le Daily Mail, il est arrivé illégalement au Royaume-Uni à 15 ans en se présentant comme Syrien, alors que l’accusation le soupçonne d’être Égyptien. Il a obtenu un titre de séjour à durée illimitée. Il s’en est servi pour publier. Sa peine sera prononcée ultérieurement.

La femme au foyer du califat perd son appel

Le 6 octobre, la Cour d’appel irlandaise a confirmé la condamnation de Lisa Smith, 44 ans, ancienne militaire des Forces de défense originaire de Dundalk, pour appartenance à l’État islamique entre 2015 et 2019. En 2022, elle était devenue la première personne condamnée par un tribunal irlandais pour une infraction terroriste islamiste commise à l’étranger, et avait écopé de quinze mois. Son avocat soutenait qu’elle était partie en Syrie par « obligation religieuse » et que le seul acte qui lui était reproché était son « rôle de femme au foyer » : faire la cuisine et le ménage pour son mari.

Les juges ne se sont pas laissé attendrir. S’installer sur le territoire de l’EI pour soutenir son projet de construction étatique peut suffire, ont-ils estimé, sans qu’il soit besoin de combattre ni de faire de la propagande. La défense l’avait comparée à une sympathisante de l’IRA. La cour a répondu que l’IRA n’avait jamais prétendu gouverner un territoire, alors que l’EI administrait des tribunaux, des impôts, une police et des logements, et encourageait l’émigration. Elle est restée jusqu’à la chute de Baghouz, en 2019. L’Irlande dispose désormais d’une jurisprudence : dans un califat, tenir la maison, c’est tenir l’État.

Terroriste à partir du 5 novembre, sauf avis contraire d’un juge

Le 29 septembre, le gouverneur de Floride Ron DeSantis et son cabinet ont désigné le Council on American-Islamic Relations (CAIR), qui se présente comme une organisation de défense des droits civiques des musulmans, comme organisation terroriste intérieure, en vertu d’une nouvelle loi de l’État. Une première tentative, par décret en décembre 2025, avait été bloquée en mars par le juge fédéral Mark Walker, qui y voyait « la tendance inquiétante à utiliser une fonction exécutive pour faire une déclaration politique ». Entre-temps, la Floride a voté une loi. Le CAIR a de nouveau porté plainte le 1er octobre. Le 6 octobre, le même juge a refusé d’intervenir en urgence : la désignation ne prend effet que le 5 novembre, ce qui laisse le temps d’entendre les deux parties, le 22 octobre.

Le dossier de la Floride invoque l’inscription du CAIR sur la liste des coconspirateurs non inculpés du procès de la Holy Land Foundation, dont les dirigeants ont été condamnés en 2008 pour avoir financé le Hamas, des liens présumés entre ses fondateurs et le Hamas, ainsi qu’une désignation par les Émirats arabes unis en 2014. Le CAIR dément tout lien avec le terrorisme. Un ancien responsable de la lutte antiterroriste du département d’État juge les preuves « largement insuffisantes », et Washington, qui dispose du même dossier depuis 2008, n’a jamais désigné l’organisation. Le CAIR a toutefois le don de mettre ses amis dans l’embarras : en décembre 2023, la Maison-Blanche de Joe Biden l’a retiré des documents de sa stratégie contre l’antisémitisme après que son directeur exécutif eut déclaré avoir été « heureux de voir des gens briser le siège » le 7 octobre.

Surtout, ne le dites pas au FBI

Le 6 octobre, le FBI a arrêté un Américain de 18 ans sur un parking de Richfield, près de Minneapolis, juste après qu’il eut payé 600 dollars en liquide pour un AK-47, quatre chargeurs et 200 cartouches. Le vendeur était un agent infiltré qu’il prenait pour un membre de l’EI, et le FBI avait neutralisé le fusil. Selon la plainte, il avait prêté allégeance à l’EI dans une vidéo filmée en selfie et prévoyait d’abattre 30 à 60 personnes au Mall of America le 24 octobre, pendant un festival d’arts hmong. Ses motivations : le centre commercial « appartenait à des juifs », selon ses termes, et il voulait tuer des Blancs. Mais c’était avant tout une affaire de foi.

« je le fais uniquement pour Allah »— L’accusé, dans un message cité dans la plainte

Dans le même échange, il demandait que personne ne soit mis au courant. La plainte repose sur des centaines de messages échangés avec un informateur du FBI, qui conversait avec lui depuis décembre 2024. Il avait d’abord voulu rejoindre les Chabab ou l’EI en Somalie, mais n’avait pas les moyens de payer le voyage. Le Minnesota connaît le scénario : jusqu’à vingt hommes de la région sont partis combattre avec les Chabab, et onze ont été inculpés en 2015 pour complot en vue de soutenir l’EI. En le comptant, 282 personnes ont été inculpées aux États-Unis pour des activités liées à l’EI depuis 2014, selon une base de données de l’université du Nebraska. L’audience sur son maintien en détention est fixée au 19 octobre.

Prêcher des convertis

Le 8 octobre, un magistrat de Melbourne a accordé une libération sous caution à un homme de 65 ans habitant Carlton, poursuivi pour appartenance à l’État islamique et infractions liées à des contenus extrémistes violents. Selon la police, il a prêté allégeance à l’EI en 2018 et était le membre le plus actif d’un groupe WhatsApp, avec 9 754 messages, 3 189 images, 1 609 fichiers audio, 811 vidéos et 487 documents, dont des décapitations et des exécutions. La police fédérale australienne l’accuse aussi d’avoir partagé des guides pour commettre des attentats de masse et des conseils pour échapper à la surveillance.

Les autorités ont pris leur temps. En 2020, l’Australian Border Force a découvert sur ses appareils des vidéos d’un prédicateur appelant au djihad, puis l’a laissé s’envoler pour l’Égypte. La police a perquisitionné son domicile en 2024 et l’a arrêté en septembre 2026. Deux semaines plus tard, il était dehors : depuis un AVC en 2023, il a besoin de soins quotidiens à domicile, et le magistrat a estimé que la prison ne pouvait pas les lui assurer. Ses conditions : interdiction de quitter l’État de Victoria, d’utiliser des applications chiffrées et de télécharger des contenus terroristes. Lors d’une audience précédente, son avocat avait soutenu que la loi vise les contenus envoyés à « des gens qui ne veulent pas les recevoir ». Autrement dit, prêcher des convertis serait parfaitement légal.

Sept ans après la chute de Baghouz, le califat n’a plus ni territoire, ni armée, ni monnaie. Il lui reste un calendrier d’audiences.

Versets et hadiths liés à cet article

Sources

  1. 01 Thames Valley Policethamesvalley.police.uk
  2. 02 BBCbbc.co.uk
  3. 03 Daily Maildailymail.com
  4. 04 The Irish Timesirishtimes.com
  5. 05 Irish Examineririshexaminer.com
  6. 06 JNSjns.org
  7. 07 Florida Phoenixfloridaphoenix.com
  8. 08 US Department of Justicejustice.gov
  9. 09 Minnesota Star Tribunestartribune.com
  10. 10 ABC Newsabcnews.com
  11. 11 MPR Newsmprnews.org
  12. 12 ABC (Australia)abc.net.au
  13. 13 AAPaapnews.aap.com.au
  14. 14 WCTVwctv.tv
  15. 15 US District Court for the Northern District of Floridaassets.aclu.org
  16. 16 Jewish Insiderjewishinsider.com
  17. 17 The Nightly / AAPthenightly.com.au

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