Traitement des communautés minoritaires

Au Pakistan, on saisit les livres, pas les tireurs

Rien qu'en septembre, un ahmadi a été abattu et deux autres ont été blessés dans la province pakistanaise du Pendjab, sans qu'aucune arrestation ne soit signalée. La Cour constitutionnelle fédérale du pays a pourtant trouvé le temps de confirmer l'interdiction des textes sacrés de la communauté. Question de priorités.

Mirza Safdar Mahmood, 65 ans, venait de quitter son garage automobile de Mandi Bahauddin, le 2 septembre, lorsque deux hommes ont ouvert le feu sur lui. Il est mort sur le coup, près de l'Eidgah de la ville, l'esplanade où les musulmans se rassemblent pour la prière de l'Aïd. Le lieu n'est pas dénué d'une amère ironie. Mahmood était ahmadi, membre d'une communauté qui se considère comme musulmane mais à qui la loi pakistanaise interdit de le dire, et des experts de l'ONU préviennent que les ahmadis peuvent être arrêtés pour le simple fait de célébrer l'Aïd, même chez eux. La police a déclaré au quotidien Dawn que le meurtre semblait ciblé. On ne lui connaissait pas d'ennemis. Il avait en revanche une foi, ce qui, au Pendjab, peut suffire.

Le 19 septembre, ce fut au tour de Malik Mahmood Mubarak, 70 ans, et de son fils Ayaz, 40 ans, visés par des tirs alors qu'ils rentraient chez eux, dans le district de Sargodha. Tous deux ont survécu. Les assaillants ont pris la fuite sur une moto non immatriculée, et la police a consciencieusement enregistré un procès-verbal initial le lendemain. Aucune arrestation n'a été signalée. Dans un pays où les meurtres motivés par la religion débouchent rarement sur des condamnations, relève l'organisation de défense des droits Voice of Pakistan Minority, un tel procès-verbal « relève moins de la justice que de la paperasse ».

Les institutions pakistanaises ne restent pas inactives pour autant. Quelques jours avant la fusillade de Sargodha, la Cour constitutionnelle fédérale a confirmé l'interdiction, au Pendjab, du Rohani Khazayeen, un recueil en 23 volumes des écrits du fondateur du mouvement ahmadiyya, estimant que la liberté religieuse est soumise à la loi, à l'ordre public et à la morale. Les livres sont confisqués depuis 2014 et le resteront. En somme, l'État sait retrouver 23 volumes de théologie. Une moto non immatriculée reste hors de sa portée.

Rien de tout cela n'est le fruit du hasard. En 1974, le Parlement pakistanais a tranché une question théologique par un amendement constitutionnel, déclarant les ahmadis non musulmans. Les articles 298-B et 298-C du Code pénal ont ensuite transformé leur foi en une liste d'infractions : un ahmadi qui se dit musulman encourt jusqu'à trois ans de prison. L'organisation caritative chrétienne de défense des droits CSW, basée au Royaume-Uni, les qualifie de groupe religieux « le plus opprimé institutionnellement et constitutionnellement » du pays. En juin, trois ahmadis avaient été blessés dans une attaque à motivation religieuse à Rabwah, également au Pendjab.

Le 7 septembre, des experts de l'ONU ont complété le tableau : attaques contre des lieux de culte ahmadis, tombes profanées, entraves à l'Aïd, arrestations pour des pratiques religieuses, discours de haine. Le tout, ont-ils affirmé, avec une « complicité officielle tacite ». Ils ont exhorté Islamabad à rompre avec l'impunité et à réexaminer les lois contraires à ses obligations en matière de droits humains. CSW, de son côté, demande à la communauté internationale de demander des comptes au Pakistan.

Voilà ce qui arrive quand un État s'érige en juge de la vraie foi. La loi surveille l'étiquette, les tribunaux surveillent les livres, et les tireurs, jusqu'ici, sont laissés à la paperasse.

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