BlasphèmePeine de mort

Au bout de six ans d'attente, un tribunal de Lahore se demande si des publications Facebook peuvent servir de preuve

Un tribunal pakistanais a demandé à l'accusation de justifier la recevabilité et l'authenticité des preuves numériques ayant servi à condamner Junaid Hafeez, ancien enseignant dans le couloir de la mort pour blasphème depuis 2019, dont l'appel est en suspens depuis 2020.

  • L'ancien enseignant Junaid Hafeez est dans le couloir de la mort depuis 2019 en raison de contenus qu'il aurait publiés sur Facebook
  • Au Pakistan, des accusations de blasphème ont déjà entraîné des lynchages, et l'un des avocats de Junaid Hafeez a été abattu

C'est une date à marquer d'une pierre blanche : mardi, un tribunal pakistanais a invité l'accusation à expliquer si des preuves numériques peuvent réellement être retenues dans l'appel de Junaid Hafeez, cet ancien enseignant universitaire condamné à mort pour blasphème en 2019. Son appel attend depuis 2020, ce qui, à l'échelle de cette affaire, fait à peine figure de retard.

Savoir si une page Facebook attribuée à un homme est véritablement la sienne pourrait sembler, aux yeux d'un observateur non averti, le genre de détail qu'on voudrait voir solidement établi lorsqu'une vie est en jeu. Mais mieux vaut tard que jamais.

Une loi qui ne laisse aucune place à la clémence

Les lois pakistanaises sur le blasphème sanctionnent un large éventail d'actes jugés insultants envers la religion, et toute personne reconnue coupable d'avoir insulté le prophète Mahomet (paix et salut sur lui) encourt obligatoirement la peine de mort. L'État n'a jamais exécuté personne pour blasphème. Il en a rarement eu besoin : de simples accusations ont suffi à déclencher des lynchages, et les suspects, leurs avocats et d'autres personnes liées à leurs dossiers ont été menacés et agressés. Selon des organisations de défense des droits humains, ce climat rend difficile pour les accusés de trouver un avocat ou de bénéficier d'un procès équitable.

D'une salle de cours de Multan à l'isolement cellulaire

Junaid Hafeez était enseignant invité à l'université Bahauddin Zakariya de Multan lorsqu'il a été arrêté en mars 2013 pour des contenus qu'il aurait publiés sur Facebook. Les risques pour la sécurité étaient tels que son procès, ouvert l'année suivante, s'est tenu à l'intérieur d'une prison. En 2014, l'un de ses avocats, Rashid Rehman, a été tué par des hommes armés après avoir reçu des menaces pour avoir accepté de le défendre.

Après des reports successifs, un tribunal de Multan a condamné Junaid Hafeez à mort en décembre 2019. L'appel interjeté en 2020 a été transféré en 2021, à la demande de la défense, de la chambre de Multan de la Haute Cour à son siège principal, à Lahore. Selon Human Rights Watch, Junaid Hafeez est maintenu à l'isolement depuis juin 2014.

L'accusation a des devoirs à faire

Mardi, une formation de deux juges de la Haute Cour de Lahore a adressé des notifications officielles aux parties et indiqué qu'elle attendait de l'accusation qu'elle argumente sur la recevabilité des preuves électroniques, notamment une page Facebook attribuée à Junaid Hafeez. D'après l'avocat de la défense Asad Jamal, les juges ont également demandé à l'accusation de les convaincre de l'authenticité de ces preuves numériques. Aucune décision n'a été rendue ni sur les preuves ni sur la condamnation.

Je pense que des progrès importants ont été accomplis aujourd'hui. Le tribunal s'est saisi de l'affaire, elle a été appelée, et surtout, le tribunal a soulevé les points essentiels auxquels l'accusation doit répondre. Il lui a enjoint de satisfaire la cour sur les moyens soulevés dans l'appel de Junaid Hafeez.— Asad Jamal, cité par Arab News

« Le tribunal a explicitement déclaré que l'accusation devait le convaincre de l'authenticité des preuves numériques ou issues des réseaux sociaux », a ajouté Asad Jamal.

Fidèle à la tradition, la prochaine étape a déjà glissé : la cour avait envisagé de reprendre l'audience le 7 octobre, mais l'a fixée au 10 octobre après que l'avocat du plaignant a demandé davantage de temps pour se préparer.

« J'ai bon espoir qu'une décision sur cet appel soit rendue très prochainement », a déclaré Asad Jamal.

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