Le Mali fête son indépendance, sous escorte militaire
Soixante-six ans après l'indépendance, la capitale malienne a besoin d'une escorte de l'armée pour recevoir son carburant, son ministre de la Défense a été tué lors d'une offensive djihadiste et une filiale d'Al-Qaïda dicte aux femmes leur tenue dans les cars. La junte, qui a pris le pouvoir en 2020 pour rétablir la sécurité, assure que la situation est sous contrôle.
Le carburant, sous escorte
Le 22 septembre, le Mali a célébré ses 66 ans d'indépendance. Une semaine plus tôt, sa capitale avait reçu un cadeau d'anniversaire : plus de 900 camions-citernes, escortés par l'armée jusqu'à Bamako. Depuis septembre 2025, le JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda, attaque les camions-citernes et les axes routiers qui acheminent le carburant depuis le Sénégal et la Côte d'Ivoire, provoquant de graves pénuries, des coupures d'électricité et des perturbations de la scolarité dans la capitale. Livrer de l'essence à Bamako exige désormais une opération militaire. Plus de 400 000 Maliens, eux, ont été chassés de chez eux.
La sécurité, comme promis en 2020
La junte a pris le pouvoir en 2020 en promettant de rétablir la sécurité. Depuis, elle a dissous les partis politiques et accordé à son chef, Assimi Goïta, un mandat de cinq ans renouvelable sans élection. La sécurité s'est montrée moins docile. En avril, le JNIM et le Front de libération de l'Azawad (FLA), dominé par les Touareg, ont lancé des attaques coordonnées contre des sites militaires et stratégiques à Bamako, Kati, Mopti, Gao et Kidal. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué, et les forces maliennes et russes ont été chassées de leurs positions dans le nord. Le 10 septembre, le JNIM a frappé un camp de l'armée à Dioura. Le gouvernement affirme que la situation est sous contrôle. Un habitant de Bamako a confié à Al Jazeera que les gens se demandent désormais ce que « sous contrôle » veut vraiment dire.
La souveraineté, made in Russia
Au nom de la souveraineté, le Mali a quitté la Cedeao en janvier 2025, annoncé son retrait de la Cour pénale internationale et tourné le dos à ses partenaires occidentaux. La sécurité est désormais assurée par l'Africa Corps russe, qui a pris le relais du groupe Wagner. Human Rights Watch a documenté de graves exactions contre des civils commises aussi bien par les groupes armés que par les forces maliennes et leurs alliés russes.
« Cela ressemble moins à une affirmation d'indépendance qu'à un changement d'alliances. »— Abubakar Abubakar Usman, spécialiste des relations internationales, à propos des nouveaux partenariats du Mali
L'autre gouvernement
Le JNIM, de son côté, a sa propre vision de la souveraineté : la charia dans tout le pays, que son porte-parole présente comme la seule condition de la paix. En octobre 2025, le groupe a ordonné aux femmes circulant sur les routes du Mali de se couvrir les cheveux et exigé la séparation des hommes et des femmes dans les transports en commun ; à Bamako, des femmes ont été vues s'y conformer. À Farabougou, ville dont il s'est emparé en 2025, les habitants ont été autorisés à revenir à condition que les femmes respectent un code vestimentaire strict, que les impôts soient payés et que la musique profane et l'alcool disparaissent. Certaines compagnies de cars sont même allées jusqu'à présenter publiquement des excuses au JNIM pour pouvoir maintenir leurs lignes. Dans la région de Mopti, des pasteurs chrétiens ont été sommés de fournir des combattants ou de l'argent, de se convertir et de fermer leurs églises, ou de partir.
Les règles du JNIM visent aussi une population très majoritairement musulmane, qui pratiquait parfaitement sa foi sans kalachnikovs. Comme l'a résumé une Malienne interrogée par Afrik.com, un voile porté sous la menace des armes relève de la peur, pas de la foi.
Entre une junte qui s'appuie sur Moscou et des djihadistes qui obéissent à Al-Qaïda, les Maliens attendent toujours leur indépendance.
